← L'AI.ssentiel

#07 · L'agent agit à ta place

Salut,

J'ai regardé les deux keynotes de Google cette semaine, I/O mardi et Marketing Live mercredi. Le fil est le même des deux côtés : l'IA arrête d'être un outil que tu ouvres, elle devient un agent qui agit à ta place. Il cherche, il compare, il achète, il continue de bosser quand tu as fermé ton ordi.

C'est puissant, et ça coupe dans les deux sens. Meta a enregistré le travail de ses salariés pour entraîner ses agents, puis en a licencié 8 000. KPMG et SAP refont leurs produits autour de l'IA. Et au milieu du bruit, un benchmark rappelle que ces agents ratent encore près d'une tâche réelle sur trois.

On déroule.


Les signaux

  • Meta entraîne une IA sur ses salariés, puis en licencie 8 000 Meta a installé sur les laptops de ses employés américains un logiciel qui enregistre frappes clavier et captures d'écran. L'objectif est assumé : donner à ses agents des exemples réels de la façon dont un humain fait son travail sur un ordinateur. Cette semaine, l'entreprise licencie 8 000 personnes et en réaffecte 7 000 de force vers l'IA. La séquence est brutale et limpide : on enregistre comment tu travailles, on entraîne l'agent dessus, on se sépare de toi. Plus de 1 500 salariés ont signé des pétitions, la Californie étudie déjà des subventions pour les boîtes qui ne remplacent pas leurs gens. Le sujet n'est plus théorique : qui possède la trace de ton travail, et qui décide de ce qu'on en fait.

  • Des boîtes ne s'équipent plus en IA, elles se reconstruisent autour Deux annonces de la semaine se ressemblent. KPMG intègre Claude dans Digital Gateway, la plateforme avec laquelle ses 276 000 consultants produisent leurs missions d'audit et de conseil. SAP, à sa conférence Sapphire, présente son ERP comme une « Autonomous Enterprise » où des agents exécutent les opérations. Aucun des deux n'ajoute un assistant à côté de l'existant : ils refont le produit autour de l'IA. C'est ça, le vrai fossé de 2026. D'un côté les boîtes qui collent un chatbot sur leurs process et appellent ça une stratégie. De l'autre celles qui réécrivent le process. Et les premières se racontent qu'elles ont encore le temps.

  • OpenAI connecte ChatGPT aux comptes en banque, aux US Depuis vendredi dernier, les abonnés Pro américains peuvent relier leurs comptes bancaires à ChatGPT, via Plaid et plus de 12 000 banques. ChatGPT affiche alors un tableau de bord de leurs dépenses, abonnements et placements, et répond à partir de leurs vrais chiffres. Rien en France pour l'instant. L'important n'est pas la fonctionnalité, c'est la trajectoire : après le travail, le code et le shopping, OpenAI pose ChatGPT sur l'argent. Brique après brique, ils s'installent dans les moments de la journée où tu décidais seul. Le pari, c'est de devenir l'endroit par défaut où les gens réfléchissent.

  • Andrej Karpathy revient à la recherche de pointe, chez Anthropic Karpathy est un des chercheurs les plus respectés du domaine : co-fondateur d'OpenAI, ancien patron de l'Autopilot de Tesla. Il avait quitté les grands labos pour monter sa boîte d'éducation ; il revient, chez Anthropic, dans l'équipe pre-training, celle qui construit les capacités de base d'un modèle. Son chantier : se servir de Claude pour entraîner le prochain Claude. Deux choses à lire là-dedans. La recherche entre dans une phase où l'IA accélère sa propre fabrication. Et dans la guerre des talents entre labos, c'est Anthropic qui aimante, pas OpenAI qui retient.

  • Gemini 3.5 Flash : le modèle « pas cher » de Google monte en gamme Google a deux familles de modèles : Flash, rapide et économique, et Pro, plus puissant et plus cher. La plupart des produits tournent sur Flash, pour le coût. Cette semaine, Google sort Gemini 3.5 Flash, le pose en modèle par défaut dans l'app Gemini et dans Search, et le rend assez bon pour dépasser l'ancien Pro. Le revers : le prix de Flash a été multiplié par cinq, autour de 1,40 € le million de tokens en entrée. Le modèle « pas cher » n'est plus si pas cher. Si le coût IA de ton produit était calé sur l'ancien Flash, ta facture vient de bouger.

  • Tu peux fermer ton ordi, l'agent continue Jusqu'ici, faire travailler une IA voulait dire rester devant : ton IDE ouvert, ton chat ouvert, toi qui relances. Cette semaine, trois sorties cassent ça. Gemini Spark continue de bosser sur un serveur distant après que tu as fermé ton laptop. Le Goal Mode de Codex sort de bêta : tu fixes un objectif, il enchaîne planifier, agir, tester, recommencer, et peut même piloter ton Mac verrouillé depuis ton téléphone. Antigravity orchestre plusieurs sous-agents en parallèle. Le vrai changement est là : le poste de travail n'est plus un endroit où tu dois être assis.

  • Les agents s'annoncent plus vite qu'ils ne s'adoptent Toute la semaine, des lancements d'agents. Sur le terrain, c'est plus lent. Les benchmarks montrent un écart d'environ 37 % entre la performance d'un agent en labo et la même tâche en production, et les meilleurs ratent encore près d'une tâche réelle sur trois. Un agent a même supprimé un dossier de fichiers au lieu de l'exécuter, l'histoire a tourné cette semaine. Rien de tout ça ne dit que les agents ne marchent pas. Ça dit qu'entre la démo et ton workflow client, il y a un test à faire et un humain à garder dans la boucle.


L'outil : Gemini Omni Flash, la vidéo qui s'édite comme une conversation

Google a sorti mardi, à I/O, le premier modèle de sa famille Omni. Gemini Omni Flash génère et édite de la vidéo à partir de ce que tu lui donnes : du texte, une image, un son, ou une autre vidéo.

Ce qui le distingue. Tu ne pilotes pas une timeline, tu parles. « Mets la veste en rouge », « rallonge le plan de deux secondes », « enlève le passant à droite ». Chaque instruction s'appuie sur la précédente : le personnage reste le même, la lumière tient, la physique de la scène reste cohérente d'un plan à l'autre. De l'édition vidéo qui ressemble à une discussion, pas à un logiciel.

Pour quoi faire. Un PM qui veut une démo de feature sans monteur. Un marketeur qui décline une pub en cinq formats. Un founder qui teste trois accroches vidéo avant d'en payer une vraie. Le brouillon vidéo devient aussi rapide à itérer qu'un brouillon de texte.

Où l'essayer. C'est gratuit sur YouTube Shorts et l'app YouTube Create, sans abonnement. Les abonnés Google AI (Plus, Pro, Ultra) l'ont aussi dans l'app Gemini et dans Flow, l'outil créatif de Google. Compte cinq minutes pour générer ton premier plan, et réponds à ce mail si le tien vaut le détour.


La pensée : les produits invisibles

L'an dernier, à la ProduConf, Michael Baeyens a donné une conférence restée dans un coin de ma tête et qui était incroyable en live : Interface ZERO, l'émergence des produits invisibles à l'ère du tout IA. Sa thèse : l'interface entre ton produit et ton client est en train de disparaître. Plus de site à parcourir, plus de rayon, plus de pub à voir. Juste un LLM qui répond à un besoin. Cette semaine, avec les deux keynotes de Google, cette idée est passée du talk au calendrier produit.

Regarde ce qui change. Avant, ton client ouvrait ton app, lisait ta page, voyait ta pub, et décidait. Maintenant il dit son besoin à un agent, et l'agent compare, choisit, achète. Ton produit n'est plus présenté à un humain, il est lu par une machine. Et la pub n'est plus une pub : c'est une réponse que l'agent ramène, ou ne ramène pas.

Ça déplace tout. Une marque servait de raccourci : le logo, la confiance, l'envie, vingt ans de marketing construits pour un cerveau humain qui n'a pas le temps de tout vérifier. Un agent, lui, a le temps. Il ne fatigue pas, il lit les quarante fiches produit, croise les prix et les avis sans biais de notoriété. Le raccourci que vendait une marque n'a plus d'acheteur.

Alors une marque, ça sert à quoi, face à un agent. Je n'ai pas de réponse propre. Ma meilleure hypothèse : elle cesse d'être un raccourci de désir et redevient une promesse vérifiable dans la donnée. Pas un logo, un faisceau de preuves qu'une machine peut lire et recouper. Le marketing de la prochaine décennie, ce ne sera pas se rendre désirable. Ce sera se rendre lisible, et tenir ce qu'on dit, parce qu'en face il y a quelqu'un qui vérifie.


À vendredi prochain.

Cédric.

P.S. La conf de Michael Baeyens dont je parle plus haut fait 20 minutes. Si tu ne regardes qu'un truc ce week-end, regarde ça.

letape-dapres.fr · X