#20 · Tu ne paieras plus l'IA au poids
Salut,
Imagine un électricien qui te facture chaque tentative, y compris celles qui n'ont rien réparé. C'est comme ça que l'IA se vend depuis trois ans : au token consommé, résultat ou pas. Microsoft, pourtant actionnaire d'OpenAI, a coupé Claude Code à ses équipes en mai. Les factures allaient de 430 à 1 700 € par ingénieur et par mois, sans que personne sache les prévoir.
Cette semaine, les fournisseurs ont commencé à bouger. OpenAI teste avec ses grands comptes un contrat où tu ne paies que la tâche finie. Le même jour, elle sort GPT-6 Astra deux fois et demie plus cher, en jurant que le travail coûte moins au bout du compte. Anthropic baisse le prix de la mémoire. Google prévient que son modèle doublera en janvier.
Quatre annonces, une question pour ton prochain budget ou ton prochain deal : c'est quoi, une tâche finie ?
On déroule.
Les signaux
OpenAI teste la facture au résultat Selon The Information mercredi, certains grands comptes ne paient plus ce que l'IA consomme, mais les tâches qu'elle termine. Une tentative ratée ne coûte rien au client. Intercom, Zendesk et Salesforce le font déjà dans le support : tu paies le ticket résolu, pas la conversation. Le fournisseur reprend le risque, et en échange il faut écrire noir sur blanc ce que « fini » veut dire. Facile pour un ticket. Beaucoup moins pour un rapport, un devis ou un bug. Cette définition devient une clause de contrat.
GPT-6 Astra : l'IA fait le boulot sur ton ordinateur, pour 2,5 fois le prix Sorti jeudi, chez les abonnés payants de ChatGPT « dans les jours qui viennent ». La promesse d'OpenAI tient en une ligne : tout ce que tu fais sur un ordinateur, Astra peut le faire pour toi. Ouvrir des sites, remplir des formulaires, comparer, envoyer. Le prochain visiteur de ta page tarifs a donc de bonnes chances d'être un agent qui compare pour son patron. Le prix passe d'environ 3,40 € à 8,60 € le million de tokens, l'unité de facturation, exactement le tarif de Claude. OpenAI défend la hausse avec un argument neuf : la tâche revient moins cher au total parce que le modèle se trompe moins et recommence moins. Un prix par travail fini, présenté autrement. Dernier détail : le modèle est classé au niveau de risque cyber maximal, il trouve seul des failles inconnues, et la version grand public sort bridée.
Claude Fable 5.1 : Anthropic garde son prix et baisse celui de la mémoire Sorti mercredi, la veille d'Astra. Même tarif que le précédent, mais relire ce que l'IA a déjà vu coûte 75 % de moins. Sur un usage courant, la facture baisse d'un quart. Sur les tâches longues, jusqu'à 45 %. Cette semaine, Anthropic a choisi de se battre sur la ligne budget plutôt que sur l'intelligence. Les deux leaders affichent désormais le même prix catalogue. La différence se lira sur la facture de fin de mois, et nulle part ailleurs.
Google Assistant s'éteint aujourd'hui, et c'est un début À partir de ce vendredi, Gemini remplace Assistant sur les téléphones Android, les montres et Android Auto, sans retour possible. Le « Hey Google » reste, celui qui répond change. Résultat : un milliard de personnes ont désormais un vrai modèle de langage par défaut, à la voix, qui lit leurs mails, ouvre leurs apps et répond à « quel est le meilleur X près de chez moi ». La #19 racontait que ton client demande à une IA quoi acheter. Cette IA vient d'être installée d'office sur son téléphone. Le test à faire ce week-end tient en une phrase à voix haute, avec le nom de ta catégorie. Et Google a glissé un détail dans la grille de Gemini 3.8 Flash, sorti jeudi : le prix double au 1er janvier 2027. La distribution est gratuite, l'intelligence ne le restera pas.
Claude Code : la hausse de quota qui est une baisse Anthropic annonce +25 % de quota hebdomadaire au 14 septembre pour les abonnés Pro, Max et Team. Sauf qu'un bonus temporaire de 50 % court depuis mai et s'arrête la veille. Résultat net : 17 % de moins qu'aujourd'hui, pour le même abonnement. J'utilise cet outil tous les jours, je vais le sentir. La leçon dépasse Anthropic : les abonnements IA à prix fixe rétrécissent en silence, par le quota plutôt que par le tarif. Une ligne budget qui ne bouge pas peut acheter moins chaque mois.
Le focus : payer l'IA au résultat, ce que ça change pour toi
Aujourd'hui tu paies la consommation, et le risque d'échec est pour toi. Demain tu paies le résultat, et le risque passe chez le fournisseur. Ce transfert n'est pas gratuit : il se paie en définitions.
Ce qui rend ça possible maintenant, c'est un chiffre sorti cette semaine. ARC Prize, la fondation derrière le test ARC-AGI-3, a fait passer la même épreuve à GPT-6 Astra de deux façons. Le modèle seul, qui repart de zéro à chaque niveau : 63 %. Le même modèle, branché sur une mémoire qui garde ses notes entre les étapes : 99 %. Un fournisseur ne peut promettre un résultat que s'il maîtrise ce qu'il y a autour du modèle, la mémoire, les accès, la vérification. C'est ça qu'il te vend vraiment, et c'est ça que tu dois regarder.
Selon ta chaise :
- Si tu achètes (DG, directeur d'un service). Demande un prix par résultat, pas par siège ni par consommation. Et écris la définition du résultat avant le fournisseur : un ticket résolu sans réouverture sous sept jours, un lead qualifié rappelé, un document validé sans reprise. Celui qui écrit la définition gagne la négociation.
- Si tu vends (commercial, founder). Ta grille au siège va se faire attaquer par des concurrents qui facturent au résultat. Trouve la métrique de ton produit que le client considère comme « fini », et regarde si tu peux l'assumer. Si tu ne peux pas, ta feature IA n'est pas encore assez fiable pour être vendue, quel que soit le modèle de prix.
- Si tu construis (PM). « Fini » devient une spec. Chaque feature IA a besoin d'un critère de succès mesurable, d'une vérification automatique et d'un point où elle rend la main à un humain. Sans ces trois-là, elle ne peut pas être vendue au résultat, et bientôt elle sera difficile à vendre tout court.
L'outil : un navigateur qui clique à ta place, gratuit
Pour sentir ce que « l'IA fait le travail sur ton ordinateur » veut dire, sans attendre Astra : Comet, le navigateur de Perplexity. Lancé à 170 € par mois, gratuit depuis octobre 2025 sur Mac, Windows et mobile. Un assistant dans le panneau latéral remplit un formulaire, compare des prix, résume un onglet, rédige un mail.
Le test en dix minutes : donne-lui une tâche en trois étapes que tu fais à la main. « Trouve les trois hôtels les mieux notés à Lyon le 20 septembre sous 150 € et mets-les dans un tableau. » Regarde-le cliquer, et regarde surtout où il s'arrête. C'est exactement le moment où un fournisseur au résultat ne serait pas payé.
Une règle : un profil de navigateur séparé, sans tes sessions bancaires. Ce que tu ne lui donnes pas, il ne peut pas le casser.
La pensée : le jour où l'AGI est devenue un argument de vente
Greg Brockman, le président d'OpenAI, a fermé la conférence de presse de jeudi par « bienvenue dans l'ère de l'AGI ». AGI, pour intelligence artificielle générale : une IA qui ferait n'importe quel travail intellectuel aussi bien qu'un humain, sans être spécialisée. C'est le Graal affiché de tous les labos depuis dix ans, et la promesse qui justifie les milliards qu'ils lèvent.
Le même jour, ARC Prize, qui a fait passer le test dont je parle plus haut, écrivait qu'il n'y voyait rien qui permette de parler d'AGI. Et le même jour, le prix montait de 150 %.
Je ne sais pas si Astra est un tournant. Je remarque juste que le mot a changé de fonction. Il servait à faire peur ou à faire rêver. Il sert maintenant à justifier une grille tarifaire. Quand un fournisseur te parle d'intelligence générale, lis la page des prix. C'est là qu'est écrit ce qu'il pense vraiment de son produit.
Qu'est-ce que j'ai pu oublier cette semaine
Vu, pas retenu, une ligne chacun :
- Conveo lève 43 M€ pour faire mener les entretiens clients par une IA, en quinze langues, chez Google, Unilever et 400 autres. L'entretien découverte passe à l'échelle, la bonne question reste ton travail.
- Anthropic loue pour 30 milliards d'euros de calcul Nvidia au Texas, une semaine après 39 milliards au Royaume-Uni. Ces contrats-là expliquent une partie des hausses de prix.
- Google, OpenAI et Anthropic ont chacun sorti une version « cyber » réservée à des défenseurs vérifiés. Ta sécurité informatique doit désormais supposer que l'attaquant en face a le même niveau d'outil.
- La CNIL met à jour Genmod, son arbre généalogique des modèles open source, utile le jour où un client demande d'où vient le modèle derrière ta feature.
Le fil qui relie tout ça : la puissance s'achète par dizaines de milliards, et elle se revend au résultat. Entre les deux, quelqu'un doit écrire ce que « fini » veut dire.
À vendredi prochain.
Cédric.